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Interview…portrait

je suis interviewée ici par Judith Dumas pour la newsletter de la SFS d’Avril 2020

INTERVIEW DE MORGANE BERTIN-DENIS.

Morgane BERTIN-DENIS bonjour, vous êtes sophrologue et votre parcours, peu banal, est profondément inspirant et enrichissant. Aussi c’est avec gratitude que je vous remercie d’avoir accepté cette rencontre. 

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre parcours, où plutôt devrais-je dire votre chemin de vie? 

Oui volontiers. Je suis une femme de passion et de conviction, aussi ai-je exercé plusieurs métiers dans le respect de mes élans avant de me former à la sophrologie. 

J’ai ainsi été marin pendant plusieurs années et j’ai aussi eu d’autres métiers, plus alimentaires, quand mes priorités ont été mon environnement et mon mode de vie. 

Il faut dire que j’adore voyager! Sac à dos, en bateau, lentement…cela a longtemps été mon 1er leitmotiv…

Explorer, observer, comprendre, mais aussi interagir avec les autres et m’offrir de les découvrir dans la rencontre, sont autant de valeurs intrinsèquement vivantes en moi, autant de sources d’inspiration ! 

Parlez-nous de votre rencontre avec la sophrologie

Je suis quelqu’un qui a été ciselée par la vie et les expériences vécues, au sens le plus phénoménologique du terme, un peu comme la mer et le vent sculpte un bois flotté. 

La sophrologie est entrée en résonnance profonde avec cette dimension « expérientielle et vivantielle » de ma personnalité ! C’était écrit ! Rires. 

Je me suis formée à l’ESSA de 2010 à 2012 et en parallèle, j’ai également suivi un cursus en massages bien-être de relaxation. 

La dimension du toucher, que je mets en lien avec le vécu corporel de chacun, est importante dans ma pratique, car elle renforce la conscience du corps. 

Puis je suis repartie à la rencontre des autres et de moi-même en choisissant d’exercer aux Antilles, dans une toute petite île, Saint-Barthélemy, entre 2012 et 2015,où j’avais déjà vécu précédemment. 

Comment exerce t-on la sophrologie dans une si petite île (24 km2, moins de 10.000 habitants) ? 

ll faut effectivement tenir compte des spécificités d’un tel territoire. 

A Saint-Barth, notamment, il n’y avait pas de lycée, pas de maternité, …. 

Pour les malades du cancer, les soins de chimiothérapies impliquaient un déplacement hors de l’île….

Au moment de mon installation, j’étais la seule sophrologue de l’île. Cette situation bien spécifique m’a, de fait, beaucoup interrogée au plan éthique. 

Je me suis demandée comment rester accessible à tous et comment informer le plus clairement possible sur ce qu’est la sophrologie afin de la rendre compréhensible à tous. 

J’ai donc fait le choix d’être une sophrologue généraliste et de bâtir des projets interdisciplinaires en lien étroit avec les acteurs sociaux, sportifs et médicaux de l’île. 

En collaboration avec le collège et ses différents acteurs, 3 années de suite, j’ai ainsi proposé une bulle bien-être le midi en espaces ouverts mais aussi un parcours “confiance en soi” pour lutter contre le décrochage scolaire, des séances pour le dispositif ULIS… 

Ensemble, nous avons construit un parcours de préparation aux examens et de préparation au départ de l’île pour les futurs lycéens… 

En lien avec une diététicienne, une psychologue, un professeur de sport et d’autres professionnels de santé, nous avons élaboré un programme permettant d’éduquer à l’alimentation et aux soins de soi. 

 J’ai également eu le bonheur de travailler avec une école de plongée sous-marine et un professeur de yoga sur diverses thématique du développement personnel…. 

Pendant ces années, j’ai aussi rédigé différents articles afin de vulgariser la sophrologie dans des magazines locaux, dédiés à la famille notamment. 

J’ai beaucoup appris de cette expérience. 

Quelle richesse et quelle belle exploration de votre valeur de créativité, en effet ! Vous en parlez au passé, Morgane, dans quelles circonstances êtes-vous revenue en métropole ?  

Je suis revenue fin 2015, pour accompagner mon frère, en fin de vie. Bien que difficile, cette expérience m’a aussi profondément structurée, transformée. 

Ce n’est qu’en début d’année 2018 que je suis revenue à l’exercice de ma profession, en tant que salariée à mi-temps au sein de l’association Etap’ADO située à Pantin dans le 93.

Etap’ADO est un lieu d’accueil et d’écoute, de jour, pour adolescents, ouvert 7/7. Cette structure pluridisciplinaire, composée d’un psychologue et d’éducateurs, est non médicale. 

Elle dépend de la Sauvegarde 93, ancienne ADSEA et bénéficie d’un financement départemental et privé. 

L’accueil y est libre, avec la pleine adhésion de l’adolescent. 

Accueillir des adolescents en crise majeure, où souvent la montée de colère, ici vitale, leur a permis de fuir, de chercher un abri, m’a permis de travailler sur la dimension existentielle de la sophrologie, en lien avec les valeurs de l’être, souvent dans un contexte d’urgence hurlante où l’état de fatigue et parfois de déstructuration profonde de ces jeunes n’a dégal que leur courage. 

Exploiter la sophrologie dans ces situations d’urgences sociales est très utile. C’est une expérience puissante et profonde. 

En parallèle, je me suis installée en tant que libérale en juillet 2018, puis j’ai quitté Etap’ADO, la structure étant très éloignée de mon lieu d’habitation. 

Comment vous définissez-vous aujourd’hui, Morgane ? 

Je suis une âme voyageuse, nomade. Accompagner les êtres d’un bout à l’autre dans ce voyage qu’est la vie me comble de gratitude !

J’exerce ainsi dans l’accompagnement des enfants et des adolescents, en périnatalité ainsi qu’en parentalité dans une vision permettant de renforcer le parent dans sa fonction lien d’“adulte éducateur”, et bien sûr de l’accompagnement en fin de vie. 

Ma formation en sophrologie ludique, explorée avec Claudia Sanchez et Ricardo Lopez, nourrie beaucoup mon travail en renforçant mes capacités créatives. 

Justement, comment exercez-vous aujourd’hui, en libéral, Morgane ? 

Je travaille quasi-uniquement dans une optique pluridisciplinaire, en lien avec des structures publiques, afin d’aller à la rencontre de personnes qui ne viendraient pas pousser la porte d’un cabinet de sophrologie pour un ensemble de raisons, qu’elles soient culturelles, financières ou sociales, en relation avec leur place dans la société. Vulgariser la Sophrologie au semble noble du terme, sans en perdre ses forces et spécificités, est mon adage au quotidien.

En relation avec la ville de SENS essentiellement, je développe des parcours dédiés à la petite enfance, en lien avec les professionnels de la ville : agents d’entretien, cuisiniers, lingères, directeurs de crèches, puéricultrices et auxiliaires puéricultrices ou encore éducateurs de jeunes enfants, sans que cela ne soit exhaustif. 

J’ai ainsi créée un séminaire avec 75 professionnels en novembre 2019 sur le thème « Moi, Toi, les Autres et mon Travail » sous la forme d’ateliers permettant d’accompagner des groupes dans le respect de leur identité professionnelle. 

Ces ateliers ont été co-créés et co-animés avec deux autres sophrologues, Marie-Gabrielle Chupiet et Delphine Robin. 

Je propose aussi un accompagnement dans le cadre de dispositifs mis en place avec les structures territoriales, sous la forme d’ateliers parents. 

Par exemple, « le sommeil de l’adulte au service de son rôle de parent » ou encore « comprendre et vivre différemment son stress pour éviter l’effet boule de neige en famille »…

Ces projets s’adressent aux structures des villes : les crèches, les Multi accueil et les centre sociaux notamment.

D’autres formats permettent de proposer des ateliers Parents-Enfants avec toujours en support, les fondamentaux de la sophrologie que sont pour moi la pédagogie, le renforcement de l’autonomie et des capacités de chacun. 

Morgane, bravo et merci pour la richesse de ce partage qui, j’en suis sûre, va inspirer nombre de nos adhérents dans leur pratique. 

Avez-vous un mot de fin ? 

Oui. Pour moi, la sophrologie est un voyage, une itinérance à la rencontre des autres, en résonnance intime et profonde avec les mots du philosophe Socrate « je sais que je ne sais rien ». Ainsi consciente de mon ignorance, je viens et j’avance pour, sans cesse, me renouveler !

Propos recueillis par Judith DUMAS.